Critique du film Che (roadshow edition)

Steven Soderbergh (Traffic, Erin Brockovich) s’attaque à la vie tumultueuse du révolutionnaire Che Guevara dans une œuvre aux proportions épique. D’une durée de 4 h 15 le voyage en vaut-il la peine ?

L'affiche officielle du film Che

L'affiche officielle du film Che


Le film se déroule en deux parties de 2h chacune. Ainsi, durant les deux premières heures, on assiste en alternance à la visite du Che au siège des Nations unies en 1964 et à la campagne de guérilla qu’il a menée à Cuba avec Fidel Castro. Les deux heures suivantes se concentrent plutôt sur les actions du Che en Bolivie et son éventuelle exécution par les forces boliviennes (entraînées par la CIA des États-Unis).

La première partie du film est probablement la meilleure des deux, les transitions entre les décors de New York et Cuba se font tout naturellement. Les combats y occupent une place importante, mais n’occulte pas la dimension humaine des personnages. La deuxième partie est beaucoup plus axée sur la psychologie du Che et sa lutte pour maintenir un groupe de guérilla efficace en Bolivie. Malheureusement, cette deuxième moitié souffre d’un certain manque de direction, l’ensemble est brouillon et s’éparpille beaucoup.

D’un point de vue esthétique Che est un festin pour les yeux. Les paysages de Cuba sont magnifiquement dépeints avec des couleurs très naturelles, très chaudes. On voit aussi une bonne dose de grain à l’écran donnant presque l’impression qu’il s’agit d’un film d’archives. De plus, Soderbergh utilise avec brio le noir et blanc pour le segment où le Che est en visite à New York.

Le film propose un point de vue intimiste sur la vie du Che à travers des événements qui dépassaient largement sa simple personne. Servi à merveille par l’utilisation fréquente d’une courte profondeur de champ, le cadre est rarement au focus complètement et accentue l’effet d’intimité.

La musique discrète et de circonstance s’efface très souvent pour laisser respirer l’histoire par elle-même.

Benicio Del Toro (récompensé au Festival de Cannes) fait ici un sans-faute dans son interprétation du Che. Convainquant, crédible, mais surtout consistant tout au long de la durée du film Del Toro ne joue pas le Che, il est le Che. Le reste de la distribution fait aussi un travail très bon travail et confère à l’ensemble une bonne crédibilité. On peut aussi apercevoir, dans un petit rôle, le québécois Marc-André Grondin qui tire très bien son épingle du jeu.

Benicio del Toro dans le rôle du Che

Benicio del Toro dans le rôle du Che


Finalement, une grande force du film est de présenter ce personnage plus grand que nature et de le ramener à un niveau humain. On sent que les créateurs du film ont voulu présenter les faits et laisser les spectateurs poser leur propre jugement par la suite.

Che est un grand film, du cinéma comme on en fait que trop rarement aujourd’hui, cependant ce n’est pas un film facile, d’abord par sa durée atypique (c’est probablement l’unique fois que j’assisterai à un entracte au cinéma) et aussi par le fait que le film soit seulement disponible en espagnol sous-titré.

Je crois néanmoins qu’il s’agit d’un événement cinématographique que tout cinéphile ne devrait pas rater.

Pourquoi le voir ?
- La qualité de la première partie à propos de Cuba
- L’interprétation sans faille de Benicio del Torro
- Les images magnifiques

Côte multimontréal : 4.5 / 5

Visionnez la bande-annonce

À l’affiche au AMC Forum (VO espagnol ST Anglais) et à L’Excentris (VO espagnol ST Français).